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Une sale affaire



Noyade, Rivière-des-Milles-Îles, Laval


Perquisition, rue Malicorne, Anjou


Angle Nord Ouest


Angle Sud Ouest


Angle Sud Est


Angle Nord Est


Fusillade, rue Rimouski, Brossard


Accident, avenue Irwin, Montréal

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"Always squeeze the shutter release as you do the trigger on your gun" / Serrez toujours le déclencheur d’obturateur comme si c’était la gâchette de votre revolver - Crime Scene Photography course, RCMP

L’opérateur a sombré avec sa benne dans les eaux glaciales de la rivière. Les médias diffusent l’image d’un homme : le propriétaire de la maison à proximité du lieu du drame. Une sale affaire d'Emmanuelle Léonard fait revivre ces moments d’enquête, ces faits divers dont la brutalité n'a égale que la cruelle banalité des documents qu'elle engendre. La particularité ici, c’est que les techniques de reportage journalistique, pourchassant l'événement, et les méthodes d’investigation policière côtoient une fiction photographique qui ajoute à la preuve : celle de l’image.

Avec les séries précédentes, "Les travailleurs" (2002), "Les travailleurs de l’église Sainte-Rita", Nice (2003) et "Les marcheurs" (2004), Léonard nous a habitués à une pratique photographique à mi-chemin entre le conceptualisme et le photojournalisme. Sa recherche de réalisme la conduit cette fois-ci à questionner le statut du document photographique dans le contexte judiciaire. Afin d’être recevable à la cour, la photographie policière doit respecter une méthodologie simple quoique rigoureuse. Cette procédure a pour fonction d'assurer une efficacité, une objectivité que résume bien la mention suivante : "The photograph must not appeal to the emotions" / La photographie ne doit pas s’adresser aux émotions - Field Evidence Technician Course, California State University. Appliquant cette règle de conduite à la prise de vue, Léonard circonscrit chaque angle, chaque issue d'un bâtiment. L’objectif est de prendre des images qui reconstituent la scène menant au dénouement de l’enquête. Ces photographies et un bref film noir nous prennent à témoin. L’œil de la caméra essaie de nous persuader. Mais de quel crime ?

Au sous-sol du Palais de justice de Québec menant à la salle des archives, Léonard a accès aux pièces à conviction d'affaires classées parmi lesquelles se retrouvent des photos prises par la police. Elles sont numérotées et reliées. Il est possible de les consulter et de les photocopier car elles ont cessé de servir la loi. Elles sont redevenues en quelque sorte d'intérêt public, à la manière des événements relatés en salle dans la seconde galerie. Ailleurs, à l’aide d'une radio portative, Léonard écoute les communications de la police, guettant un appel qui réclame une intervention immédiate. Ainsi munie et attentive à ce qui se passe à la télévision et sur Internet, elle surveille l'actualité des faits divers, suit des photographes de presse pour capter l'événement : accident, perquisition, fusillade et noyade. Si le rôle d’une photographie imprimée dans un journal est d’émouvoir le lecteur, la photographie policière, quant à elle, collectionne les indices. Entre une image jointe à un rapport d'enquête et l'exhibition dans des pages imprimées, entre la neutralité programmée de l'une et la volonté sensationnaliste de l'autre, nous est-il possible de mesurer un quelconque écart visuel ?

Remerciements à Jean-Pierre Aubé, Roberto Pellegrinuzzi de même que Georges Aubin, Jean-Pierre Bourgault, Mathias Delplanque, Luc Laforce du Journal de Montréal, Christiane Bourdua du Service de la police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM), Mélanie Lajoie, Division des communications SPCUM, M. Caumartin, Division de l’identification SPCUM, les centres Est-Nord-Est, Optica, Fondation Christoph Merian et le Conseil des arts et des lettres du Québec.



Exposition :

2007 Une sale affaire, galerie Optica, Montréal